Harmonices mundi ou l’intuition d’un système d’harmonie universel

La pièce Harmonices mundi est un exemple de composition qui réuni trois styles d’écriture musicale : le contrepoint, l’harmonie et la basse continue.

Après avoir suffisamment assimilé, par la pratique instrumentale quotidienne, chacun de ces trois styles d’écriture, on découvre que l’usage simultanée de ces trois éléments donne un résultat musical particulier qui semble quelque chose de plus que la somme de ceux-ci. Sans le vouloir, comme un joueur-euse/chercheur-e de musique nous entrons au coeur de notre système tonal pour découvrir ce que les anciens philosophes appelaient la Musique des sphères et plus tard ce que Képler appela l’Harmonices mundi, c’est-à-dire : l’intuition d’un système d’harmonie dans les fondements de la musique étendu à l’univers.

C’est une découverte stupéfiante chaque fois renouvelé par les joueurs-euses/chercheur-es de tout temps car il y a quelque chose d’intemporelle qui ressort de cette découverte et un sentiment de filiation avec la communauté musicale et l’univers tout entier.

C’est ainsi que l’on découvre dans les profondeurs de la physique musicale, les fondements de notre système d’harmonie occidentale mais aussi si on y regarde bien dans les différents systèmes musicaux des autres cultures avec leurs particularités et les différents accents mis sur l’une ou l’autre de nos trois composantes. En cela, il y a aussi un rapprochement à faire avec les différentes périodes musicales qui explorent, approfondissent et développent particulièrement l’une ou l’autre de ces composantes.

Aussi, un peu avant Bach, Rameau avait tenté de définir scientifiquement cette intuition fondamentale mais les différences de points de vue à propos de l’usage de nos trois composantes et les différences encore plus marquées à propos du produit de l’effet de synthèse ont découragé tout effort de synthèse ultérieure.

Il faut comprendre que même l’absence d’une basse continue par exemple, lorsqu’elle est construite comme sous-entendu dans l’harmonie générale produit un ensemble tout aussi harmonieux et riche que si elle avait était composée. Certaine pièce de Bach et de plusieurs compositeurs de cette époque en donne des exemples remarquables.

Dans le domaine de la musique populaire transparaît aussi le fruit de cette subtile synthèse. Lorsque nous analysons leurs qualités musicales respectives, nous apercevons nos trois composantes dans des proportions variées si bien qu’une simple chanson sans accompagnement peut contenir tout le nécessaire et la richesse d’harmonie fondamentale naturelle.

Car disons-le aujourd’hui, il n’y a de frontière que celle produite par la pensée humaine entre la musique classique et populaire. Structurellement parlant, tout semble provenir d’un même rameau qui se diversifie à l’infini comme dans le domaine des sciences de la nature.

Il est intéressant de constater que l’évolution des conditions de vie des musiciens-nes semble avoir suivi la pensée de Darwin comme si le moteur de l’évolution était uniquement la compétition et l’élitisme. Dans une toute autre direction, je découvre aujourd’hui par l’étude de l’harmonie au clavier que l’écoute, l’attention et l’amour au sens inclusif du terme sont réellement les fondements de l’évolution musicale et humaine. 

Les compositions que je considère comme les plus réussites sont le fruit naturel d’une conjonction spontanée d’une disposition physique et psychique. Et lorsque l’élan premier donne naissance à de nouvelles harmonies plus complexes, il y a pratiquement toujours quelques erreurs d’harmonie qui permettent de nouvelles découvertes. Ainsi nous avançons pas à pas dans l’univers de l’harmonie, beau temps, mauvais temps dans l’assurance chaque fois renouvelée de la rencontre avec l’intemporel et l’universel.