Le geste musical

La première fois que l’on touche à un instrument de musique, il y a un petit quelque chose de magique qui se passe entre nous et l’instrument. Le contact du bois d’un violon, du métal d’une flûte traversière ou de la peau d’un tambour éveille en chacun de nous une multitude de sensations. Au plaisir de découvrir un nouveau « jeu » pour notre divertissement, se mêle une légère crainte devant cet inconnu ancestral. Cela peut être aussi le bonheur de pouvoir enfin toucher ce précieux objet emmitonné au creux de la boîte d’un instrument. Tout cela ajoute un peu de magie à la découverte d’un instrument de musique.

Le premier contact s’il est bien vécu est généralement positif. Cela dépend beaucoup du contexte de l’apprentissage et de notre disposition intérieure. Quelles que soient nos capacités artistiques, nous éprouvons tous un attrait à la vue d’un piano. J’ai eu le bonheur de voir et d’entendre les premiers gestes musicaux d’enfants d’âge préscolaire. Ils m’ont beaucoup appris sur nos premiers pas en musique. Pour moi qui fus autodidacte dès le début de mon apprentissage du piano, le contact et la gestuelle ont pris le chemin naturel entrevu par la composition de pièce d’harmonie au clavier.

Ayant une connaissance de base de la flûte, du chant et de la guitare, mon approche du piano fut totalement intuitive, mais répondait rigoureusement à la nécessité de formuler des accords conjoints unis pour former une basse continue suivant le principe de la basse fondamentale. Cela peut paraître loin du sujet du geste musical, mais figurez-vous une personne au piano dont les mains obéissent à l’impératif de l’esprit et des règles qui a donné naissance à notre système d’harmonie. Cette personne sous l’élan de l’inspiration et de la pratique quotidienne de son instrument en vient qu’à développer le chemin le plus court, le plus facile et finalement le plus naturel face à la gestuelle.

Cela permet de concevoir dès le début des pièces d’harmonie fort simples mais d’une certaine richesse. Puis avec le temps et la découverte constante des principes d’harmonie au clavier, nous développons nos compositions avec des arrangements plus complexes mais cependant toujours faciles d’exécution.

En regardant les œuvres des compositeurs comme Bach, qui lui-même a suivi les principes de composition de l’harmonie au clavier, on voit bien que le degré de complexité de la majorité de ses œuvres dépasse les capacités de ses meilleurs élèves comme de plusieurs interprètes. Cependant, plusieurs de ses compositions pour clavier comportent un souci pédagogique ainsi qu’une gestuelle naturelle comme le prélude en do majeur du clavier bien tempéré.

L’objectif étant ici de chercher le chemin le plus approprié pour arriver à l’aisance de la gestuelle musicale, l’approche de composition de pièce d’harmonie au clavier fut pour moi une école de piano.

À partir des fondements de l’harmonie tonale, nous découvrons que tous les éléments de la musique classique : l’écriture musicale, les instruments ainsi que l’orchestre se sont développés d’une façon homogène parce qu’ils découlent des principes d’harmonie qui leur ont donné naissance. La place des cordes, des vents et des cuivres ainsi que des instruments d’accompagnement et des percussions est tout à fait naturelle lorsque l’on comprend les principes de base de l’harmonie.

De même la gestuelle propre à chaque instrument suit la nature de sa confection. Il est toujours possible de faire effectuer des prouesses dans l’exécution d’un instrument, mais cela ne se fait généralement pas au détriment de l’expressivité de l’oeuvre et des capacités des instruments. Les touches noires du piano bien que parfois difficile d’approche dans un premier temps devienne tout naturelle avec la pratique.

Passons maintenant au second niveau qui est l’approche intérieure de la musique. L’élan de la phrase musicale donne le ton, le rythme et l’esprit qui les a vu naître. À moins que cela ne soit le fruit de nos propres compositions, il est important de connaître un temps soit peu l’auteur de l’oeuvre. Mais le talent et la pratique aidant, il est tout de même possible de percevoir l’esprit d’une composition à sa simple vue ou lors de son écoute. C’est une question de sensibilité et d’intuition.

Je pense sérieusement qu’il y a de vieilles âmes parmi nous qui sans le savoir, possède très jeune, la sensibilité et l’intuition qui les guide dans leur apprentissage précoce de la musique. Hormis ces êtres exceptionnels, découvrir l’esprit qui a donné naissance à une oeuvre demeure donc toujours valable. Puis il y a notre propre sensibilité et nos propres intuitions qui nous guident pour développer l’aisance dans l’exécution et l’interprétation musicale.

Je pars toujours du principe que le plaisir de jouer est au cœur de notre apprentissage et que la compétition et le stress de jouer en public sont des éléments culturels indésirables bien que réels. L’important est de choisir ce qui a de la valeur à nos yeux et de s’en tenir au principe du plaisir et de la satisfaction personnelle.

Plus nous développons le point de vue intérieur du processus musical et de notre relation personnelle au son et à la musique, plus nous devenons nous-même et respectons le caractère des œuvres. Nous développons de même de l’assurance et un sentiment de filiation avec l’esprit des classiques.